Tremplin 2017

Laura Casales

Grâce au projet Tremplin, l’École de joaillerie de Montréal offre aux récents diplômés du DEC en joaillerie d’exposer pour une première fois au Salon des métiers d’art de Montréal. En 2017, 8 joailliers font partie de la cohorte de Tremplin : Isabelle Pagé-Veillette, Doriane Douared, Yves Girard, Miriam Guertin, Laura Casales, Joelle Stébenne, Marie-Claude Lalumière et Audrey Seyer.

Afin d’en connaître plus sur chacun d’entre eux, deux articles seront publiés au cours du mois de novembre.

Dans ce premier article, nous découvrons les participants via leurs réponses à nos questions.

 

Laura casales                  Doriane Douared            Miriam Guertin               Audrey Seyer

Isabelle Pagé-Veillette    Joelle Stébenne             Marie-Claude Lalumière   Yves Girard

Pourquoi avez-vous décidé de devenir joaillier/joaillière?

Isabelle : Mon histoire dans le monde du bijou a commencé par un heureux hasard. J’ai fait un stage à Lille, au nord de la France, dans une bijouterie de fantaisie en 2010. Je profitais de ce stage pour voyager mais j’y ai découvert, du même coup, une passion pour la fabrication de bijoux. L’atmosphère de l’atelier de fabrication me faisait sentir comme chez moi… je me suis surprise à penser : «je serais heureuse de faire ça toute ma vie ». Dès mon retour, je me suis inscrite à l’École de joaillerie de Montréal, d’où j’ai reçu mon diplôme en 2016!

Doriane : La réponse va vous paraître évidente mais c’est parce que j’aime les bijoux, tout simplement! Ainsi que le travail de l’infiniment petit, du détail. Les bijoux sont comme des mini-œuvres d’art pour moi.

Laura : Toute jeune et déjà bricoleuse, je me confectionnais de petits bijoux. Pour moi, la joaillerie fut un choix évident. Mes bijoux sont le reflet de ma vie : mon passé – l’interprétation de mon vécu – et mon présent, et je veux en faire mon avenir.

Joelle : Sur un coup de tête. Le jour où j’ai perdu mon emploi, je me suis inscrite pour faire des études de joaillerie.  Je ne regrette en rien cette décision, car j’ai trouvé une nouvelle passion qui m’amène plus loin dans ma recherche de créativité.

Marie-Claude : Ce choix a plutôt été un long processus… Après un DEC en art plastique, terminé en 2000, j’ai choisi une toute autre voix. Je suis devenue infirmière. Après plusieurs années de pratique, le besoin de créer est revenu et ce, de plus en plus fort. J’ai choisi la joaillerie pour pouvoir imaginer, penser, créer et travailler de mes mains. Et ce fût une excellente chose pour moi puisque j’ai tout de suite adoré et surtout, jamais regretté.

Audrey : Dès mon plus jeune âge, j’avais un fort intérêt pour la confection de bijoux. Je les fabriquais avec diverses matières telles des billes de plastique, de verre, des boutons, bref, tout ce qui me tombait sous la main. J’ai par contre débuté mes études en littérature, pour finalement réaliser que j’avais besoin d’un travail qui exploiterait davantage mes capacités manuelles et créatives pour être professionnellement comblée. J’ai donc réorienté ma carrière vers ma passion, la confection de bijoux, et je me suis inscrite à l’École de joaillerie de Montréal.

Yves Girard

 

Pouvez-vous décrire votre démarche artistique et vos sources d’inspiration?

Isabelle : Ayant travaillé dans une bijouterie haut de gamme après mon diplôme, j’ai pu rapidement améliorer mes techniques et approfondir mes connaissances, tout en développant mon amour pour le sur-mesure. Lorsque je fais un bijou personnalisé, j’ai l’impression d’entrer dans l’univers des gens pour leur offrir des petits trésors à porter.

Je me laisse souvent interpeller par la relation entre la douce mais puissante nature et les structures que l’homme lui impose. Cependant, le cœur de mon inspiration pour ma collection Coexistence, que vous retrouverez au SMAQ, vient de la dualité entre les textures et matériaux organiques, en opposition avec les surfaces polies.

Doriane : Si je devais qualifier mes bijoux, je dirais qu’ils sont féminins, délicats et graphiques. Lorsque je crée je souhaite avant tout mettre en valeur le corps et la beauté de chaque femme. Des lignes, des textures, du mouvement et des vides. Un bijou se doit d’être aérien et léger pour moi, il peut prendre de la place mais ne doit pas être envahissant. On devrait presque l’oublier.

Aujourd’hui, je dirais que je suis dans une phase d’offrande dans mon processus de création, c’est-à-dire que je veux offrir une partie de moi dans chacun de mes bijoux, d’où la présence de perles exotiques (graines d’arbres) de mon île natale dans mes créations. Je m’imprègne de mon univers, de ce qui m’entoure.

Laura : J’exploite la matière pour exprimer mes souvenirs. À la recherche d’esthétisme et d’harmonie, j’assemble formes et couleurs : pierres, perles, métal, différentes textures et autres. 

J’utilise des formes organiques qui font référence à la nature et à ce qu’elle nous offre.  J’aime le thème marin, ce qui est aquatique, ayant grandi au bord de la méditerranée. Le mystère des mers et océans me fascine. J’aime ce qu’ils nous livrent sur les rivages, cette offrande de la perfection et de l’imperfection, et la pureté qu’ils cachent en leurs profondeurs. Utiliser des éléments qui autrefois ont été vivants m’inspire encore davantage, car ces êtres ont une histoire que je veux capturer dans le temps et à travers l’espace.

Joelle : Ma démarche artistique débute par des esquisses.  Je dessine sans effacer jusqu’à obtenir une diversité d’idées, puis je retravaille celles qui sortent du lot et qui amènent à d’autres idées. Par la suite, je peaufine celles qui me font vibrer. Finalement, je valide ces ébauches par des dessins techniques et/ou des maquettes.

J’ai beaucoup de passions! Le dessin, la peinture, la sculpture, le cinéma, la conception de costumes, la lecture, etc.  Toutes ces passions me servent d’inspiration pour ce que je crée et chacune de mes créations m’amène plus loin que la précédente. Je cherche à provoquer l’imaginaire des gens, pour qu’ils y voient ce qu’ils veulent. Cela rend le bijou magique, selon moi.

Marie-Claude : La multiplicité des passions pourrait brouiller la démarche et faire croire à l’absence de direction, mais l’orientation demeure tactile; le travail des mains. J’ai une relation amour-haine avec le métal que je façonne, chauffe, soude, coule, oxyde, aboutissant en un produit parfois brute, parfois doux. Je me mets aucune barrière thématique ou stylistique.

C’est dans mon environnement que je puise le plus grand de mon inspiration. Ayant toujours aimé les grandes villes, l’architecture et le mobilier urbain sont des lieux effervescents pour la base de mes bijoux. Les détails ajoutés sont principalement puisés dans des éléments du quotidien qui m’attirent par leur forme ou leur texture.

Audrey : J’adore le travail du métal. Partir du métal brut et en faire un bijou raffiné, délicat et portable est un processus tellement passionnant. Les textures ainsi que la forge m’inspirent énormément.

Je puise mon inspiration dans tout ce qui m’entoure, mais plus particulièrement dans la musique. Au travers de mes créations, je tente d’exprimer le côté continu, linéaire et répétitif de la musique, tout en y incluant des vides, des silences. J’exprime le mouvement à l’aide des articulations des bijoux afin qu’ils puissent suivre le rythme du corps.

Marie-Claude Lalumière

 

Que prévoyez-vous de faire après Tremplin ?

Isabelle : J’aimerais profiter de l’expérience Tremplin pour écouter les retours de clients afin de mieux développer ma deuxième collection. Je pense mettre beaucoup d’énergie pour augmenter ma visibilité dans le sur-mesure. Je planifie de suivre une formation en lancement d’entreprise pour être mieux outillée pour la suite. J’ai aussi un beau projet de collaboration qui mijote…c’est à suivre!

Doriane : Après tremplin j’aimerai m’investir quasiment à temps plein dans mon entreprise d’artisanat afin de développer ma marque.

Laura : Après Tremplin, j’aimerais passer plus de temps à la vente de mes bijoux. Pour cela, j’envisage de participer à d’autres salons, ou encore, démarcher des boutiques qui pourraient exposer et vendre mes pièces.

Joelle : Continuer!

Marie-Claude : Je vais poursuivre le développement de ma compagnie. Je désire avoir plus de points de vente. De plus, j’aimerais travailler davantage sur le côté marketing et publicitaire afin de me faire connaître. Je vais également continuer de travailler comme assistante d’une autre joaillière.

Audrey : Après Tremplin, je vais poursuivre le développement de mon entreprise en tant que travailleur autonome. Je continuerai à participer à divers marchés pour faire découvrir mon entreprise au travers de la Montérégie et promouvoir ma boutique en ligne.

Joelle Stébenne

 

Pouvez-vous partager une expérience, un conseil, ou une information que vous auriez aimer recevoir quand vous avez commencé la joaillerie?

Isabelle : Premièrement, le monde de la joaillerie parait intimidant, mais une fois les deux pieds dedans, on réalise que c’est en fait une grande famille sur qui on peut compter. Deuxièmement, travailler pour d’autres joailliers en sortant de l’école est, selon moi, la meilleure chose à faire pour développer les techniques qu’on a survolé en classe et apprendre comment ça fonctionne dans «la vraie vie». Pour finir, lorsqu’un projet ne fonctionne pas ou n’avance pas, on a tendance à chercher les causes. Bien souvent on oublie de chercher à l’intérieur de soi. On est souvent nous-même notre plus grand obstacle. Il suffit d’avoir confiance en nous… et d’avoir du plaisir!

Doriane : Pour vivre de ce métier, il faut travailler fort, et pour ce faire, il est important d’avoir de solides bases techniques.

Laura : Le conseil que je pourrais donner est de ne pas avoir peur de recommencer une pièce, la seconde fois sera plus facile, plus rapide et aura un meilleur résultat !

Marie-Claude : Il est important de se faire un bon réseau de contacts et de savoir s’entourer de gens compétents. À chacun son expertise! Il ne faut pas se gêner pour demander de l’aide. Il est difficile de faire sa place parmi les joailliers déjà connus, mais il est important de croire en ses capacités. Cent personnes n’aimeront peut-être pas ce que tu fais, mais UNE personne tombera littéralement en amour avec tes bijoux et tes idées. C’est le regard que cette personne porte sur tes œuvres que tu dois avoir en mémoire quand tu douteras de toi.

Audrey : Un des conseils que je pourrais donner à ceux qui souhaitent suivre la formation en joaillerie à l’ÉJM est de ne pas laisser tomber en cours de route malgré les obstacles rencontrés. Parfois les bijoux qui sont les plus difficiles à créer sont ceux qui nous rendent le plus fier au final et qui poussent notre développement personnel en tant que travailleur autonome. C’est exactement à cet instant que l’on réalise la gratification de notre métier.

      

Miriam Guertin                Isabelle Pagé-Veillette        Audrey Seyer                  Doriane Douared