Les aventures de Catherine Granche chez les radicaux.

Catherine Granche est venue nous parler de son parcours, de ses inspirations et aspirations, la semaine dernière lors de la conférence de 3 joaillières de la relève, aux côtés d’Emilie Dell’Aniello et Magali Thibault Gobeil. Les workshops tiennent une place prépondérante dans son processus créatif et pour son développement personnel.

Ainsi, le workshop d’été de Ruudt Peters, aux Pays-Bas, auquel Catherine a participé en 2017, a eu des retombées significatives et ses effets positifs ont engrangé de nouvelles approches artistiques. Ruudt Peters est un créateur de bijoux contemporains et sculpteur hollandais qui a étudié à la Gerrit Rietveld Academy à Amsterdam. Ces œuvres se retrouvent dans plusieurs galeries et musées. Catherine a bien voulu répondre à nos questions sur ce sujet.

Qu’est ce qui t’a motivée à suivre la formation de Ruudt Peters?

Depuis plusieurs années j’étais intéressée par les ateliers de Ruudt Peters donnés aux Pays-Bas dans son atelier. J’étais intéressée par cette approche où l’on travaille intensément à approfondir sa démarche, le travail d’introspection, chercher à clarifier son langage visuel. Après avoir suivi les ateliers avec Peter Hoogeboom et Shu-Lin Wu ainsi que celui de Katja Prins à l’École de joaillerie de Montréal, j’avais envie de continuer de travailler en workshop puisque cela permet de se concentrer activement et de façon continue. Le fait d’être coupée du quotidien et d’être en groupe a un effet entraînant et motivant, il s’en dégage une énergie communicative et cela permet d’avancer plus rapidement. J’avais envie d’être poussée et je me sentais prête à faire une expérience introspective. Ruudt Peters est un artiste dont j’apprécie l’Œuvre mais aussi la façon dont il a abordé sa carrière, en faisant des séries à tous les deux ans, en expérimentant à travers toutes sortes de techniques qui vont de la méditation aux dessins exploratoires à l’aveugle, de la main gauche, etc. C’est une approche qui tend à faire sortir ce qui est en nous et qui appuie le discours et les intentions sur des bases très personnelles. Le thème Now Radical m’a immédiatement interpellée puisque je ressentais cette urgence de pousser plus loin ma démarche mais surtout d’exprimer ma force créatrice, de me permettre d’extérioriser toutes les avenues possibles à une future œuvre, que ce soit bon ou non. L’intention c’est d’explorer, de sortir les idées pour ensuite épurer et garder ce qui est clair et qui fait du sens : cette intention qui peut être transmise dans un bijou.

            

Comment s’est passée ta formation?

La formation, qui dure 7 jours, a eu lieu à Ravenstein aux Pays-Bas dans l’atelier de Ruudt Peters à la campagne. Nous étions douze artistes de l’international, provenant du monde du bijou et des arts visuels. C’est très convivial. On vit ensemble, on prépare les repas à tour de rôle, on se rend à l’atelier en vélo, le cadre est très agréable. Ruudt Peters nous donne des thèmes et des projets à réaliser selon des laps de temps, parfois en équipe. On doit travailler selon des consignes de matériaux, de médias. La complexité des consignes s’accroit tout au long de la semaine pour se terminer avec un projet final à présenter au groupe. Ruudt Peters fait quelques courtes critiques durant la semaine et conclut avec une critique finale détaillée pour chacun des participants à la fin du séjour. J’ai beaucoup apprécié mon expérience que j’ai trouvée enrichissante, questionnante, stimulante, inspirante.

Le thème de cette année était Now Radical. Comment as-tu créé avec/autour de ce thème?

Le thème Now Radical consistait à déterrer ce qui est radical en nous en tant qu’artiste. Comment travailler de façon radicale, comment devenir radical dans ses choix. Pour chacun cela peut être différent, et les résultats de tous les participants le prouvaient puisque les aboutissements des différents exercices montraient la diversité d’interprétation. Au terme du workshop nous avions à créer une œuvre radicale. Mon projet final présente une corde en coquille d’œufs avec laquelle je m’attache les mains lors d’une courte performance. C’est un bracelet qui exprime à la fois la force et la fragilité, au-delà de ça, il représente la façon dont on fait souvent preuve d’autocensure afin de convenir à ce qui est attendu d’un bijou. Sa radicalité se situe aussi dans sa non-fonctionnalité en tant que bijou.

Est-ce que cette formation va influencer ton travail?

Absolument! Cela m’a permis de me libérer de certaines contraintes, cela légitime de ne plus penser en fonction des attentes que l’on a face au bijou, qui doit être fonctionnel. Mon regard est d’avantage poussé sur le sens que la fonctionnalité. Ma façon de créer dans l’atelier et d’amorcer ma recherche est aussi changée. Les recherches que j’ai commencées depuis mon retour ne se passent plus par une intellectualisation de la forme. Au lieu de dessiner et de prendre des notes je vais directement à la table et je joue dans la terre, la porcelaine, directement dans le matériau avec lequel je veux travailler. Je laisse libre cours à mes expérimentations et les formes sortent, se modifient de jour en jour. Je ne sais pas encore ce que ça va donner au final mais je sais que je suis en train de trouver un nouveau langage, que de ces expérimentations quelque chose va s’imposer et devenir le sujet principal, l’amorce d’une nouvelle série. C’est donc une nouvelle façon de travailler et qui permet d’épurer, d’aller à l’essentiel, de vérifier mon niveau d’implication dans la recherche.

Comment as-tu financé cette formation à l’internationale?

Après avoir présenté mon dossier et avoir été acceptée par Ruudt Peters pour son atelier, j’ai obtenu une bourse de perfectionnement du Conseil des Arts et des Lettres du Québec. Ce qui m’a permis de participer à Now Radical mais aussi de visiter des galeries et des musées à Amsterdam et aux Pays-Bas. J’ai donc pu voir entre autre la Galerie Ra à Amsterdam, la très impressionnante Galerie Marzee où j’ai eu accès à la collection privée de la propriétaire Marie-Jose Van den Hout, et le Musée CODA qui se spéciale entre autre en bijou contemporain. Ruudt Peters y présentera d’ailleurs sa rétrospective dès le mois de novembre prochain.

 

 

 

 

 

 

 

 

Les démarches ont-elles été compliquées?

Ce n’est pas que les démarches étaient compliquées, (c’est que de par ma nature, je m’implique émotionnellement assez facilement), je les trouvais énervantes, quasi angoissantes! J’avais vraiment envie que ce projet fonctionne alors j’ai travaillé fort afin de présenter à Ruudt Peters un dossier et une lettre de motivation convaincants. J’ai eu une aide précieuse pour la relecture de mon dossier, ce qui est indispensable pour être certain qu’on va à l’essentiel et que le propos est clair et convaincant. 24 heures après le dépôt de ma candidature, Ruudt Peters m’envoyait une lettre d’acceptation. La suite des démarches pour participer à Now Radical était de faire la demande de bourse de perfectionnement au CALQ, que j’ai par la suite obtenue. J’ai donc pu partir en août dernier pour Amsterdam vivre ce formidable atelier.

Ruudt Peters – été 2017