Armand Brochard: Joaillier, militant et cofondateur de l’École de joaillerie et de métaux d’art de Montréal

Texte et recherche : Lyne Gagnon

De Charleroi à Montréal

Armand Brochard est né en 1931, à Charleroi en Belgique. Il complète ses Humanités, puis s’inscrit à l’École des beaux-arts tout en travaillant comme apprenti en bijouterie et en orfèvrerie. Il suit également entre 1955 et 1957 des stages de perfectionnement en Belgique, en France et en Suisse. Pendant ses études, il collabore à la recherche et à la rédaction d’un document sur l’histoire du bijou produit par l’École nationale belge d’orfèvrerie, de joaillerie et de bijoux. Au terme de sa formation, il souffre du conservatisme européen et rêve de nouveaux horizons.

En 1957, il débarque à Montréal, accompagné de son épouse et de son premier fils. Il s’y installe avec l’intention de devenir journaliste. Un contact établi en Belgique lui ouvre les portes d’un journal syndicaliste, mais le poste ouvert est en attente de financement. Survie oblige, Armand Brochard se tourne du côté de la joaillerie pour gagner sa vie. Les revenus générés par un travail de courte durée dans l’atelier d’un émailleur professionnel lui permettent de s’outiller et de prendre ses premières commandes privées. Il poursuit sa visite des grands ateliers et y propose sa candidature. L’atelier Birks le contacte et lui offre du travail comme joaillier à la production.

Comme son travail est rapide et précis, il choisit la rémunération à la pièce. Quelques mois plus tard, une baisse importante des commandes de l’atelier entraîne une diminution considérable des revenus des artisans sans salaire fixe. Armand Brochard part tenter sa chance ailleurs. Il galère d’un atelier à l’autre jusqu’à ce que Georges Delrue le contacte. Il trouve là, un atelier de création où le travail du métal prend un nouveau sens ; il ne s’agit plus d’épuiser un style donné dans toutes les directions possibles, mais de travailler à la création de formes nouvelles qui satisfont l’esprit et qui respectent les plus hauts standards techniques. Armand Brochard s’y plait et il y restera jusqu’à la fondation de son propre atelier en 1960. Plus de quarante ans plus tard, il dira de Georges Delrue qu’il est le maître incontestable du mariage de la création, de la technique et du travail artisanal.

Un engagement corporatif soutenu

À la fin des années 1960, Armand Brochard s’implique activement à la défense du métier d’artisan.
Il est un membre-fondateur du Salon des métiers d’art en 1968, et a agi à titre de président du Conseil des métiers d’art du Québec (1989- 1991) qu’il a également cofondé en 1985. Son engagement assidu et ses diverses implications l’amènent à participer à différents comités et à représenter les artisans québécois à l’étranger.

En 1976, le gouvernement du Québec le délègue à la Conférence mondiale de l’artisanat à Mexico et, en 1976, à l’Office franco-québécois à Paris. En 1983, il s’associe à «Recherche 83», projet initié par le ministère des Affaires culturelles qui vise à stimuler la recherche et la création, à développer le marché de la pièce unique, et à promouvoir le talent des artisans québécois à l’extérieur du Québec.

Par son travail assidu de plus de trente ans, Armand Brochard a collaboré avec ardeur à la reconnaissance professionnelle de l’artisan québécois. Cet homme de rigueur et fervent défenseur de la qualité technique en joaillerie, a investi son talent, ses convictions et ses énergies pour substituer de l’imaginaire collectif l’idée d’artisanat associée au travail des artisans, et la remplacer par le concept de «produits des métiers d’art».

La cofondation d’une école et la professionnalisation du métier de joaillier

Au milieu des années 1970, Armand Brochard a déjà une longue feuille de route comme représentant des artisans et comme joaillier. Ses expositions sont nombreuses au Canada, en Europe et aux États-Unis. Ses créations sont connues et prisées. Dans le cadre d’Expo 67, le gouvernement du Québec lui commande des sculptures et des bijoux qui sont offerts à la Reine Elizabeth II, à Madame De Gaulle et aux chefs d’État en visite à Montréal. Quelques années plus tard, il réalise des bijoux pour l’Impératrice d’Iran. La haute qualité de son travail lui assure une réputation de choix et une place privilégiée parmi les joailliers du Québec.

En 1973, Madeleine Dansereau et Armand Brochard décident de faire équipe dans la mise sur pied d’un atelier-école en joaillerie. Dès lors, sa carrière d’artisan et de défenseur de la joaillerie québécoise se voit assortie d’un nouveau mandat : professionnaliser le métier de joaillier.

Après l’Atelier de joaillerie enr. (1973-1982) ils fondent l’École de joaillerie et de métaux d’art de Montréal (ÉJMAM). À titre de cofondateur de l’Association des joailliers, Armand Brochard a participé en 1969, à l’élaboration d’un programme de formation en bijou. Il propose d’offrir aux étudiants une formation en six niveaux, inspirée de ce programme. Ses échanges avec les étudiants, ses expériences d’enseignant, de codirecteur d’école et d’artisan joaillier, l’amènent à vouloir faire de cette formation un programme d’enseignement reconnu par le ministère de l’Éducation.

Retrait de la vie publique et toujours artisan

Armand Brochard s’est retiré de la vie publique en 1996. Le regroupement de huit joailliers dont il faisait partie (avec Robert Ackermann, Antoine Bassani, Antoine Lamarche, Lynn Légaré, Daniel Moisan, Gilbert Rhême et Georges Schwartz) et qui avait à dessein de présenter ses créations aux marchés étrangers, sous la signature «Comité Saint-Laurent», n’a pas eu l’avenir souhaité. Ce fut son dernier projet dans le milieu. Loin de la politique et des nouveaux courants en joaillerie, l’artisan aujourd’hui âgé de 83 ans, fait toujours des bijoux chez lui, dans son atelier. Son amour de la joaillerie est toujours bien vivant. Il s’amuse encore à solutionner des problèmes techniques et à inventer des outils nécessaires à la réalisation de ses projets. Son esprit critique est tout aussi alerte, mais le temps a assagi sa fougue. L’idée d’avoir contribué à la professionnalisation des métiers d’art et à la création de programmes d’enseignement de la joaillerie lui procure une juste fierté.

Crédits photo : Anthony McLean

1. Secret, 1980, pendentif, argent sterling, or 18 ct, perles.
2. Sans titre, vers 1972, bague, argent sterling, or 14 ct.
3.Sans titre, 2013, bague, argent sterling.
4. Sans titre, 2012, bague, argent sterling, or 18 ct.
5. Sans titre, 1975-1980, bague, argent sterling, or 18 ct et Sans titre, 1975-1980, bague, argent sterling.
6. Sans titre, vers 1970, bague, or 18 ct, argent sterling, émeraude.
7. Sans titre, vers 2012, bracelet, argent sterling.