Être joaillière en région: Julie Mineau

Julie Mineau est diplômée de l’École de joaillerie de Montréal depuis 1999, puis elle y a travaillé comme assistante pendant plusieurs années. Elle est partie de Montréal pour suivre son amoureux dans les Cantons-de-l’Est, mais ça n’a malheureusement pas duré! Un peu déboussollée, elle choisit tout de même de rester dans la région. Elle habite maintenant près de Sherbrooke à Rock Forest, en Estrie, avec son nouveau conjoint et leur fille.

Peux-tu me décrire ta pratique?

Je fais principalement de la petite série, un peu de pièces uniques, et je travaille pour la fabuleuse joaillière Sylvie Lupien depuis plus de douze ans maintenant. Je l’aide dans sa production, nous sommes si habituées de travailler ensemble que nous n’avons plus besoin de nous parler. Mes bijoux sont vendus dans plusieurs boutiques au Québec et j’ai une boutique en ligne sur ETSY. Récemment, j’ai participé à l’exposition de groupe Résonance, jumelée à Monique Giroux.

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Quels sont les avantages et les désaventages selon toi à travailler en région?

L’avantage, il est financier. C’est moins cher en région pour s’acheter une maison, d’avoir un atelier spacieux à proximité me permettant de concilier travail-famille. Par contre, parfois je me sens un peu isolée, en retard sur les nouvelles du milieu. Et je ne peux pas demander à personne de m’aider quand j’ai un problème technique.

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As-tu eu à t’adapter, à changer tes habitudes? Quels sont les défis auxquels tu as dû faire face?

Le plus gros désavantage est la distance qui me sépare du 620 Cathcart et de tous les professionnels qui y travaillent. En région, on est vite ami avec la madame du bureau de poste. Je vais à Montréal aux trois mois, je me fais une liste et j’essaie de ne rien oublier. Même chose quand je dois rencontrer Sylvie pour lui remettre les pièces que j’ai terminées, j’en accumule pour réduire les déplacements, sinon je fonctionne avec la poste. C’est de cette façon que je commande mes boites, mes cartes d’affaires, mes chaines… Il faut juste être un peu plus organisé et pas trop à la dernière minute. Moi, j’ai décidé de ne pas prendre de contrat d’alliance, de ne pas faire de sertissage ou de faire de réparation, parce qu’il n’y a pas les services dans ma région pour ces particularités techniques précises. Si une pierre brise au sertissage, je ne peux pas prendre le métro pour en acheter une autre. J’ai donc choisi d’élaborer des modèles où la construction est intéressante, avec de la résine, par exemple, pour ajouter des notes colorées ou de l’enfilage classique de perles.

Est-ce que tu participes à des salons?

Je participe au Salon des métiers d’art de Sherbrooke. Ça dure 5 jours, donc au prorata c’est plus intéressant que le Salon des métiers d’art de Montréal, selon moi. C’est diversifié. Si par exemple il y a de la place pour 12 fabricants de bijoux (peu importe le médium) et que 10 personnes de la région appliquent, ils ont priorité. Ensuite on peut offrir les places restantes aux gens de l’extérieur. T’es plus unique, y’a moins de monde qui fait ce que tu fais en région.

Peux-tu me parler de la clientèle de ta région?

L’achat local super important pour la clientèle de l’Estrie. Personnellement, je trouve les gens beaucoup plus sympathiques, plus ‘’smooth’’ dans les salons en Estrie, versus ceux de Montréal.

Qu’en est-il de la communauté en métiers d’art?

Il y a une belle communauté, les artisans se mélangent, les joailliers ne fréquentent pas seulement les autres joailliers, mais se mêlent aux autres disciplines.
Je suis membre du conseil d’administration de la corporation des métiers d’art du Québec en Estrie.  La corporation a une boutique des métiers d’art à Sherbrooke. J’y rencontre mes clients sur place, c’est vraiment pratique, parce que c’est au cœur de la ville, et je m’y sens plus à l’aise. Pour être membre, on doit donner une journée, et payer des frais de 15$, dans les deux cas mensuellemment. La boutique prend une cote de 20%.

As-tu un conseil à donner aux joailliers qui souhaitent quitter la ville?

Il faut être débrouillard, être capable de trouver des solutions seul. Et développer son sens de l’organisation!

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Crédits Christophe Hubert, François Lafrance et Anthony McLean

Merci à Julie Mineau d’avoir répondu à nos questions.