NSCAD et son programme JEWELLERY DESIGN and METALSMITHING

Nathalie, Anne-Sophie et Aurélie sont trois jeunes joaillières qui partagent un appartement à Halifax, en Nouvelle-Écosse. Elles sont toutes les trois inscrites au Bachelor of Fine Arts (BFA) à l’Université NSCAD, et complètent une majeure en Jewellery Design and Metalsmithing.
Anne-Sophie Vallée et Aurélie Guillaume ont complété leur technique en Métiers d’art à l’École de joaillerie de Montréal, alors que Nathalie Maiello a étudié au Vancouver Community College, au programme Jewellery Art and Design. Leur parcours antérieur en joaillerie leur permet de terminer le BFA plus rapidement, puisqu’une grande portion de cours est créditée. Mais il semble que l’accès à autant de cours et de professeurs de qualité leur donne envie de prolonger leur séjour. Nathalie et Anne-Sophie ont accepté de répondre à quelques questions au sujet de leur formation.
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Nathalie en atelier

Comment avez-vous entendu parler du programme à NSCAD et pourquoi vous a-t-il intéressé?

Nathalie : J’ai entendu parler du programme quand j’étais à Vancouver à l’effet que NSCAD avait le meilleur programme de joaillerie au Canada et que ça valait la peine d’y aller.

Anne-Sophie : Dans le cadre des conférences à l’École de joaillerie de Montréal, notamment à celle de Pam Ritchie qui est professeure à NSCAD et aussi artiste professionnelle. Elle exposait à la galerie Noël Guyomarc’h et était venue parler de son travail et aussi promouvoir l’université et le programme de joaillerie.
J’avais entendu parler de la réputation de NSCAD d’enseigner selon une approche conceptuelle, ce qui s’associait parfaitement avec mes intentions, celles de donner du sens et de la valeur à mes pièces de joaillerie, au-delà de l’utilisation de matières précieuses, d’un bon design et de la portabilité. Je n’avais aucune idée à ce moment ce que art conceptuel, joaillerie conceptuelle ou approche conceptuelle pouvaient signifier. C’est un sujet que je suis venu partiellement éclairer à NSCAD, des zones plus claires, des zones moins claires, mais au final, beaucoup plus de recherches, d’intentions et de questionnements derrière mon travail.
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Candle holder; Nathalie Maiello

Est-ce que le fait d’avoir suivi la formation collégiale en joaillerie vous avantage dans votre parcours?
Nath : Oui, avoir suivi une formation collégiale est un avantage. Premièrement, on m’a crédité les deux premières années. J’ai n’ai eu à prendre qu’un seul cours de base (foundation). J’ai finalement suivi deux cours : Enamel I et Advanced Enameling (émail). Avoir de l’expérience permet de se concentrer sur les concepts sans trop avoir à penser à la fabrication.

Qu’appréciez-vous le plus de ce programme?
Nath : Ce que j’apprécie du programme c’est tous les autres cours qu’il faut prendre qui ne sont pas reliés à la joaillerie, particulièrement les cours d’histoire de l’art qui sont excellents à NSCAD. Les professeurs sont fantastiques. J’aime beaucoup les cours de holloware*. Je recommande fortement de prendre Holloware I et II. On reçoit une formation intensive qui couvre la construction, la forge, la fabrication de formes anticlastiques et synclastiques. Même si j’étais familière avec la technique, j’ai découvert toute une variété d’outils, et mon professeur était super.
Anne-So : Oui, l’enseignante Kye-Yeon Son possède une expérience et des compétences incroyables dans ce domaine.
*holloware désigne en orfèvrerie le travail de pièces creuses, telles que des théières, des coupes, des vases, etc.
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Egg cup et Enamel brooch; Nathalie Maiello

Parlez-moi des installations.
Anne-So : L’atelier de joaillerie est particulièrement bien équipé, nous avons accès à une salle des machines avec équipement pour travailler le bois ou autres matières, à une salle équipée d’un système de ventilation performant pour faire de la gravure ou utiliser d’autres substances chimiques potentiellement toxiques. Nous avons aussi accès à un tour à métal, une salle pour électro-former et une salle équipée de plusieurs marteaux et enclumes.

Est-ce que les cours sont très encadrés? Comment se déroulent les cours?
Anne-So : Le déroulement des cours, la première année, est parfois similaire à celui de l’ÉJM : on apprend une technique et on doit par la suite réaliser un projet. On assiste à plusieurs démonstrations mais les projets sont généralement des créations et non une exécution technique. En ce qui a trait à la dernière année et aux cours de studio self-directed, c’est-à-dire dirigé par soi-même, l’étudiant est responsable de choisir, de verbaliser et d’exécuter son travail en lien avec la direction proposée. À ce stade de la formation, l’étudiant a accès à un banc fixe et un espace de travail et de rangement des outils.

Nath : Les cours sont très bien structurés. Les cours d’orfèvrerie (Holloware) comportent beaucoup de théorie et de démonstrations. Il faut y consacrer du temps pendant la semaine. Je pense que ce programme est un des plus demandant. Par ailleurs, en ce qui me concerne, je crois qu’on a avantage à avoir des professeurs différents. Par exemple, dans les cours d’émail, chacun des artistes développe ses propres trucs, qu’ils partagent ensuite à leurs étudiants.
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Holloware experimentation et Aurélie en atelier

Comment se passe la vie sur le campus?
Nath : Honnêtement, l’école prend la plupart de mon temps, pas le temps de faire la fête! Le département de joaillerie est un peu séparé du reste, il y a donc peu d’interactions avec les autres départements. On se rencontre tous au Student Lounge pour le lunch. Comme on a toujours tendance à se regrouper entre étudiants d’une même discipline, le fait de prendre des cours dans d’autres départements est bien parce qu’on se retrouve entouré de gens de toutes les disciplines.

La bibliothèque de l’école est petite, mais on y retrouve des livres pertinents pour chacun des départements.
Le studio de joaillerie est ouvert 24h, mais on a accès au gaz seulement de 9h à 22h. On doit toujours être au moins deux en atelier, pour des raisons de sécurité. Il arrive parfois qu’il n’y ait pas de technicien de soir pendant la semaine, ce qui est frustrant parce que le studio est alors privé de gaz et de certains outils, et ça nous prend un buddy pour pour rester travailler.

Comment vous en sortez-vous avec la charge de cours et les frais de scolarité?
Anne-So : NSCAD offre un grand nombre de transferts de crédits en tenant compte des études collégiales effectuées précédemment au Québec. J’ai eu 75 crédits de transférés sur 120 pour compléter le programme d’étude, ce qui correspond au maximum transférable. Les sessions peuvent être de 15 crédits, ce qui correspond à cinq cours de trois crédits. En ce sens, il est techniquement possible de terminer en trois sessions, mais il est plus que probable que le temps réel à consacrer pour terminer le BFA soit de deux ans, en 4 ou 5 sessions. Étant donné que beaucoup de cours techniques sont crédités, il reste une portion importante de cours académiques à compléter pour obtenir le diplôme. J’ai pris 12 crédits à la première session et j’ai trouvé l’expérience exigeante. J’avais 2 cours studios et deux cours académiques. L’adaptation au rythme scolaire universitaire ainsi qu’à la langue est à considérer. Selon l’Aide financière aux études (AFE), 9 crédits au NSCAD est considéré temps plein, ce que je recommande à l’occasion. Le statut d’étudiant à temps plein donne accès à un programme plus avantageux de prêts et bourses. Je recommande aussi un seul cours académique par session, la rédaction est très prenante. Mais bon, tout dépend de la productivité de chacun et de combien de temps on peut se permettre de prolonger nos études. Il faut aussi penser qu’il est possible d’avoir envie de rajouter des crédits non nécessaires pour profiter de l’opportunité d’avoir accès à certains cours.

Nath : J’ai appliqué pour la première fois à une bourse de mérite, NSCAD remet plus de 200 000$, à travers son programme de scholarship, aux étudiants les plus méritants. Je vais voir si je l’obtiens…

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Habitat et Object; Anne-Sophie Vallée

Le programme vous a-t-il permis d’aller un peu plus loin dans votre démarche?
Anne-So : La critique lors de la remise de projet est une des expériences les plus intéressantes pour moi à NSCAD. Il est important de pouvoir parler de ses projets au niveau des inspirations, des intentions, du message et du processus devant un groupe. L’expérience commune d’apprentissage comporte l’avantage de pouvoir s’enrichir de ses pairs, tant au niveau des conversations sur l’esthétisme, la critique, les aspects conceptuels et le sens. La critique est le moment d’exposer son travail devant les autres étudiants du groupe et devant l’enseignant, et de discuter des caractéristiques visuelles autant que des enjeux soulevés. C’est un lieu où on apprend à s’exprimer sur son travail et à s’exposer aux perceptions et aux idées des autres. Cela me paraît un processus nécessaire dans l’acquisition d’une maturité par rapport à son propre travail, mais aussi dans notre capacité d’analyse au contact du travail des autres. Je crois que la diversité des intérêts des étudiants apporte une richesse au programme.

En préparation à ces discussions et à l’élaboration de ce langage, les cours académiques d’histoire de l’art et d’histoire des métiers d’art viennent soutenir le développement d’un esprit critique. C’est un langage pertinent à connaître si on souhaite s’engager artistiquement dans son travail et c’est aussi une base nécessaire pour comprendre comment repousser les frontières de sa discipline.

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Dweling, How should I et Flower pot; Anne-Sophie Vallée

L’Université NSCAD a été fondée en 1887. Elle compte près de 800 étudiants à temps plein, et 175 étudiants à temps partiel. En moyenne, les groupes sont composés de 13 étudiants. Pour les citoyens canadiens, les frais de scolarité s’élèvent à 3 000$ par session (15 crédits).
Pour en savoir plus sur le programme, cliquez ici.

À la une: Tea pot; Nathalie Maiello