Pleins feux sur les artistes joailliers francophones

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Treize artistes joailliers de la francophonie sont présentement représentés dans l’exposition « Bijoux contemporains : Francophone Artists Reimagine Adornment », qui a ouvert ses portes le 31 octobre dernier au Ross Art Museum, à Delaware, en Ohio. Parmi ce groupe d’artistes, sept sont originaires du Québec, et plusieurs sont issues de l’École de joaillerie de Montréal. Invité à agir en tant que commissaire d’exposition, le galeriste Noel Guyomarc’h nous partage les détails de ce projet majeur, qui constitue une vitrine incroyable pour les artistes d’ici et de l’Europe francophone.

 

Comment est née cette opportunité de commissariat pour une exposition de créateurs de bijoux francophones dans un musée américain?

La directrice du Ross Art Museum, Erin Fletcher, était en visite à Montréal en 2017. Elle est entrée par hasard dans la galerie en cherchant un cadeau. Très rapidement, elle a remarqué que les bijoux présentés étaient des œuvres d’expression artistique. Nous avons commencé à parler du bijou, des artistes et des activités de la galerie. Erin a pris le temps de lire les textes apposés sur le mur, textes reçus par des personnalités du milieu des arts et métiers d’art contemporains à l’occasion des 20 ans de la galerie. L’idée de me proposer d’organiser une exposition lui est apparue comme une évidence.

 

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Quelle est la mission de ce musée?

Ce musée est attaché à l’Ohio Wesleyan University. Des cours en français y sont offerts, ainsi que des cours de bijouterie dans le cadre du programme Fine Arts Studio. Le projet de concilier la notion du français et celle du bijou en une même exposition a ainsi pris forme. Au cours de la dernière année, nous avons orienté la sélection autour du bijou francophone. À travers une collaboration entre la professeure de français Mary Anne Lewis Cusato, la professeure de bijouterie Cynthia Cetlin et la directrice du musée, le projet d’exposition s’est enrichi avec les étudiants suivant des cours de français, bijouterie et histoire de l’art, qui ont eu à effectuer des recherches sur chaque artiste invité. Un projet vraiment emballant autant pour la galerie, le musée et l’Université!

 

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Comment s’est fait le choix des artistes pour l’exposition?

J’ai voulu avant tout présenter les artistes avec lesquelles je travaille, en mettant de l’avant une diversité esthétique, plastique et conceptuelle. Mes choix se sont portés vers Aurélie Guillaume, Gabrielle Desmarais, Marie-Ève G. Castonguay, Catherine Granche, Magali Thibault Gobeil, Catherine Sheedy et Anne-Sophie Vallée pour le Québec, Marianne Anselin, Ambroise Degenève et Patricia Lemaire pour la France, et Sophie Hanagarth pour la Suisse. J’ai ensuite invité Claude Schmitz, du Luxembourg, qui avait participé à une exposition à la galerie en 2012. Et enfin, j’ai invité Nelly Van Oost, de Belgique, rencontrée lors d’une visite à la Munich Jewelry Week en 2015. Erin, Mary Anne et Cynthia étaient très enthousiasmées par la sélection. Les différentes approches des artistes alimenteront les recherches que doivent faire les étudiants des différents départements.

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Comment définis-tu le bijou francophone?

Je ne perçois pas le bijou francophone comme étant distinct de ce qui se fait ailleurs. Dans ce cas-ci, il s’agit plutôt d’une thématique convenue entre moi et la directrice du musée. Au sein de ma sélection, par contre, on retrouve des bijoux très différents, et on dénote une réflexion autour du bijou qui se fait dans le cadre de la formation, collégiale ou universitaire.

 

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La moitié des artistes sélectionnés viennent du Québec. Comment vois-tu les créateurs d’ici par rapport à l’international?

La distinction que je remarque ne vient pas du travail lui-même, mais plutôt de la façon d’aborder le bijou en général. Cette distinction vient particulièrement de l’histoire très récente du bijou de création au Québec. Il y a peu de références, et c’est donc très différent de l’Europe, par exemple, où bon nombre de créateurs ont reçu leur enseignement à l’université. On intellectualise davantage le bijou en Europe, alors qu’ici tout est plus spontané, plus organique. Mais toutes ces pratiques, au Québec comme en Europe, s’inscrivent dans une nécessité de voir le bijou autrement.

 

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Ta présence sur la scène internationale est de plus en plus constante et elle devient une vitrine importante pour les créateurs québécois. As-tu un plan de développement à l’international?

Je n’ai pas de plan de développement en tant que tel. Mes activités de développement se divisent en trois volets : les expositions que j’organise ici avec des créateurs locaux et internationaux, les événements axés sur le bijou, comme Schmuck, à Munich, et finalement, ma participation à des foires d’art.

Au printemps 2019, j’ai pris part à Art Palm Beach, puis aux conférences SNAG, et cet automne ce sera SOFA Chicago et la New York City Jewelry Week. Au printemps 2020 la galerie sera présente pour une première fois à SCHMUCK à Munich puis nous nous aurons un pop-up show à Philadelphie durant le SNAG. J’ai également été invité à présenter la galerie lors de la Foire d’art contemporain de St-Lambert ce qui représente une première pour les créateurs de bijoux. Je refuse cependant certaines invitations, lorsque je ne suis pas convaincu de leur pertinence, ou pour des raisons financières.

Chaque année, je tente de planifier des participations à des foires d’art, afin de rencontrer des collectionneurs, des conservateurs de musée ou des commissaires d’expositions, mais aussi dans l’esprit de vendre les créations des artistes et de leur donner une vitrine à l’international. Il y a toujours des retombées pour les artistes – encore cette semaine, plusieurs d’entre eux ont reçu une invitation à Bijoux, un événement de levée de fonds pour le Norton Museum de Palm Beach! Pour ce qui est de ma présence à certains événements, comme Schmuck ou SNAG, je le fais principalement pour la visibilité, et pour entretenir des contacts importants.

Mais à chaque année, il y a des surprises!

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Images 1 à 5 – Crédit photo: Gabrielle Desmarais

  1. Vue de l’exposition
  2. Vue de l’exposition, bijoux d’Anne-Sophie Vallée et Magali Thibault Gobeil
  3. Vue de l’exposition, bijoux de Catherine Granche
  4. Vue de l’exposition, bijoux d’Aurélie Guillaume
  5. Vue de l’exposition, bijoux de Gabrielle Desmarais

Images 6 à 10 – Crédit photo: Anthony McLean

  1. Nelly Van Oost
  2. Marie-Eve G. Castonguay
  3. Catherine Granche
  4. Aurélie Guillaume
  5. Gabrielle Desmarais

 

Sur le site web du Ross Art Museum:
Expositions en cours
Exposition « Bijoux Contemporains: Francophone Artists Reimagine Adornment »

 

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