À la rencontre des finissants de la cohorte 2019 au DEC

L’exposition de fin d’année, intitulée Horizons, approche à grands pas. Le thème Horizons fait référence à la multiplicité et à la diversité qui marque le groupe de finissants. D’origines diverses et avec des bagages et parcours variés, les 10 finissants ont su réunir leurs forces sur une même ligne afin de ficeler de façon harmonieuse et cohérente cette exposition colorée. Réelle balise dans leur parcours, cette exposition marque la réunion de leurs dix esprits créatifs, avant que chacun ne se laisse guider dans une direction qui lui est propre, vers de nouveaux horizons. Avant la venue de l’exposition, dont le vernissage aura lieu le 5 juin prochain, nous vous invitons à en apprendre davantage sur eux et sur leur travail.

 


 

François Charest

 

Les pierres précieuses sont la base et l’origine de mon intérêt en joaillerie. Après une dizaine d’année comme collectionneur et lapidaire, j’ai décidé d’apprendre à travailler les métaux précieux afin de sertir les pierres.

J’ai toujours eu une fascination pour la famille des grenats, en particulier les grenats verts, tsavorites et démantoïdes, qui sont les plus rares et les plus recherchés.

Pour mon ensemble « Granatus », j’ai décidé de leur rendre hommage en créant des bijoux mettant en vedette des cristaux bruts de grenats démantoïdes provenant de la mine Jeffrey, à Asbestos, au Québec.  

Compte tenu de la couleur verte des grenats, l’utilisation de l’or s’imposait pour les mettre en valeur. Aussi, je cherchais à créer des bijoux qui soient d’apparence simple, délicats et légers, mais avec de la complexité dans les détails, du volume et de la souplesse. Pour compléter le concept d’hommage aux grenats, j’ai eu l’idée d’utiliser l’habitus cristallin le plus commun des grenats, un dodécaèdre rhombique, pour créer une chaîne de grenats.

 

Collier Granatus, 2019. Argent sterling, or jaune 18k, grenats démantoïdes bruts (Mine Jeffrey Asbestos, Qc), grenat tsavorite.

 

 

Philippe Crisafi

 

Mon travail s’oriente autour de l’idée de créer une esthétique unisexe pour le bijou, déconstruisant ainsi les notions de formes trop souvent associées à l’homme et à la femme.

L’idée qui a inspiré ma création est le bijoux scandinave, plus particulièrement les médaillons et chaînes viking. Les médaillons sont généralement massifs et masculins alors que les chaînes sont délicates et légères. Une pierre centrale adorne le centre, ce qui rappelle les croyances médiévales.

Avec ces idées en tête, la forme de coussin m’est venue, un mélange du carré masculin et du rond féminin, et j’ai choisi de créer un médaillon complètement ajouré et une chaîne lourde, contrastant ainsi avec les formes et pesanteurs habituelles de ces éléments.

 

Collier Sans titre, 2019. Argent sterling, or 14k, prasiolite, citrines.

 

 

Constance Fortin

C’est en flânant dans les rues, les yeux rivés vers le ciel, en se laissant éblouir par les merveilles de l’architecture que ces formes ont pris naissance.

Cette grande source d’inspiration a non seulement fait naître les prémices de la recherche mais aussi permis à l’esprit de s’affranchir de la fonction pour laisser libre cours à son envie.

Il s’agit d’une invitation au voyage, au fil de l’eau, au cœur du mouvement.

Tantôt figés, souvent sculpturaux, les volumes se révèlent, toujours fluides, comme une recherche incessante, une onde continue qui traduit la fragilité de l’instant au sein de la matière brute, généreuse, qui s’offre à l’interprétation avec délicatesse.

C’est la matière qui s’exprime, elle seule qui décide ou elle souhaite aller et qui guide les mains qui la travaillent.

Bague Vîa, 2019. Argent sterling.

 

 

Charline Harand

Depuis ma tendre enfance, les bijoux me fascinent. Ils sont selon moi le reflet d’une génération et d’une époque et ils véhiculent une histoire, un passé.

Je pense avoir une vision européenne du bijou et je suis donc très attachée au bijou classique, plutôt que contemporain. Mon but est de mettre en avant les métaux et les pierres précieuses et de créer des bijoux pouvant plaire aux jeunes comme aux plus âgés.

Lors de la conception de mes bijoux, je réfléchis beaucoup à leur aspect esthétique, mais aussi à leur confort. Mes pièces sont en effet conçues pour être portées, et non exposées en vitrine.

Selon moi, les bijoux prennent toute leur somptuosité lorsqu’ils épousent les formes du corps. C’est pour cela qu’ils sont dotés d’un certain degré de mobilité afin de ne pas gêner la personne qui les porte.

Mon objectif est donc de créer des pièces de style classique ayant une pointe de modernisme, qui restent les plus légères possibles.

Si je devais résumer ma démarche artistique en une seule phrase, elle serait probablement

 « La beauté réside dans les détails ».

Collier Folium, 2019. Argent Sterling, Or 18K, Saphirs, Topaze, Citrines.

 

 

Maeva Lacombe

 

Ayant grandi sur une petite île des Caraïbes, j’ai toujours été fascinée par la faune marine. Toutes ces couleurs et ces formes particulières m’ont inspirée dès mon plus jeune âge. Dans ce projet, j’ai choisi d’utiliser des branches de corail d’un rouge vif, leur couleur naturelle. J’ai souhaité laisser au corail sa forme et sa couleur naturelle, tout en le mettant en valeur dans de fins cadres d’argent afin de montrer sa fragilité et son importance à mes yeux. La nacre étant aussi une matière qui m’est chère, j’ai voulu l’inclure à mon projet de fin d’études. J’ai ensuite ajouté plus d’éléments rappelant les fonds marins comme des petites balanes qui s’accrochent sur beaucoup d’organismes dans l’eau. J’ai choisi un fini un peu mat qui me rappelle le poli qui se crée naturellement par le roulement des vagues.

 

 

 

Collier Sans titre, 2019. Argent sterling, corail, nacre.

 

 

Stéphanie Leblond

 

Les racines de mon processus créatif puisent dans l’introspection. La parole n’ayant jamais été mon plus grand atout, je laisse plutôt mes mains modeler la matière pour m’exprimer. Le calme imposé pendant la création m’offre le temps de cogiter, de me reposer et de faire le point; c’est ma thérapie, mon baume. J’explore le corps humain et sa relation avec les objets qui l’entourent pour aborder l’intangible de l’esprit.  Ainsi naissent des objets, des sculptures ou des personnages qui, malgré leur mutisme, racontent mon histoire.

Mon triptyque est inspiré par mon combat contre l’anxiété. Le collier, délicat mais bien présent autour du cou, représente ce sentiment d’étouffement, de manque d’air qu’elle peut parfois m’imposer. La bague, élégante mais dangereuse, me rappelle de faire attention à ne pas me blesser moi-même. Le bracelet, large et encombrant, est symbole de cette incapacité d’agir qui m’effraie parfois. Chacune de ces pièces ont pourtant un visuel délicat et une fragile dentelle rappelant les synapses, vaste réseau du cerveau à travers lesquelles voyagent et s’entremêlent toutes ces idées. Chaque petite pierre brillante est une idée qui se produit au croisement des chemins. Trois pièces qui marient la lourdeur des émotions à la délicatesse de l’esprit humain: une introspection des derniers mois pour mieux repartir du bon pied.

Bague Harm, 2019. Argent sterling, pierres synthétiques, spinelles.

 

 

Merissa Persechino

Au cours de mes trois années passées à étudier la joaillerie, j’ai appris à aimer et apprécier les pierres précieuses de couleur, telles que les opales, qui ont été une de mes inspirations pour mon projet synthèse. Au début, mon idée était de créer un collier magnifique rempli de pierres de couleurs pastel, qui représentait la beauté du jeu de couleurs et la fragilité de la pierre tout en créant un design inspiré par la nature pour compléter les pierres.

Dans la conception finale de mon projet, j’ai décidé de créer un collier inspiré par les couleurs que l’on peut trouver dans les opales, et en utilisant ces couleurs avec le thème floral, ça m’a permis de créer un collier complètement fait de fleurs en argent dont le centre est serti de pierres mauves, bleues, vertes et incolores. Les fleurs représentent le thème de la fragilité et, en utilisant les pierres en formes de marquise de couleur, j’ai respecté mon idée du début.

Collier Winter Flowers, 2019. Argent sterling, rhodolites, aigues-marines, péridots, topazes incolores.

 

 

Noore Saleh

Mon projet de fin d’études est composé d’un pectoral, d’un bracelet et d’une broche, tous entièrement réalisés à partir d’éléments faits en fusion. Ils ont tous une intégration de béton différente et, pour la plupart des pièces, du pigment de laps lazuli. Le pectoral et le pigment choisi sont des références directes à l’Égypte, mon pays d’origine. Mes bijoux sont non-binaires car je suis contre les conventions de genre associés aux bijoux. Ma collection raconte l’histoire de ma psychose et de mon rétablissement en 3 chapitres distincts : « Storm », « Rusty » et « Let Go ».

Le premier chapitre, « Storm », est représenté par mon collier. Il s’agit du moment culminant de ma psychose, celui que j’ai partiellement oublié, et le moment où je suis allé chercher de l’aide. Le collier est intense, et c’est parce qu’il représente l’intensité du moment vécu. La fusion ici représente la confusion et la perte de contrôle, alors que le béton, pour sa part, est l’élément le plus important au sein de mes trois œuvres. Sombre, lourd, il représente ma psychose, qui avale tout sur son passage. Le pigment de lapis, quant à lui, me représente moi, au milieu de la tempête, et le magenta sombre et froid est une extension de la façon dont je me sentais.

Le deuxième chapitre se nomme « Rusty », et il est représenté par mon bracelet. Celui-ci exprime la difficulté que j’ai eue à reprendre un mode de vie normal et à retourner à l’École de joaillerie après 1 an d’inactivité. Les plis droits que l’on peut voir un eu partout sur le bracelet reflètent la posture droite que j’ai dû maintenir tout le long de la fin de mon parcours afin de pouvoir réussir. L’intégration du béton dans cette pièce représente le contrôle que j’ai réussi à avoir sur mon mal, et la fusion de chaîne et de fil représente la confusion résiduelle de ma psychose. Et finalement, la peinture rouge a changé. Elle est maintenant plus chaude, de couleur plus rouille, et elle représente ma reprise de conscience et ma cicatrice qui a pris du temps à se refermer. Il s’agit d’une pièce optimiste, reflétant les efforts qui m’ont amené à devenir qui je suis maintenant.

Finalement, ma broche est mon dernier chapitre, « Let Go ». Elle symbolise ma renaissance, le moment où j’ai vraiment pris le contrôle de ma vie et où je me suis séparé de ma psychose, indiqué par le manque de lapis sur cette pièce. J’ai laissé un morceau de fusion derrière moi, et il ne reste que la pyrite, reflétant les différents visages que peuvent avoir les événements. J’ai énormément changé à travers cette expérience, et malgré le fait que ça ait été un moment terrifiant, je suis content d’être passé à travers, car ce moment m’a donné la motivation de changer.

Broche Let Go, 2019. Argent Sterling, Béton, Pyrite.

 

Jacky Wei

 

Mes inspirations viennent à la fois de la haute joaillerie, d’où émane l’élégance et délicatesse des pierres précieuses, et des pièces plus volumineuses du style des rappeurs.   

Pour ma pièce unique, j’ai choisi l’utilisation des coupoles pour donner une forme plus volumineuse à la pièce tout en la gardant légère à porter. J’ai pris mon inspiration du fameux motif de trèfle de Van Cleef & Arpels pour ma pièce unique. Le motif est ajouré et répété sur chaque morceau pour apporter davantage de légèreté au bijou. Le tout est oxydé et brossé, en contraste avec l’or qui est brillant. Au centre de la pièce se trouve une belle morganite entourée de topazes incolores, représentant mon amour pour les pierres précieuses.     

 

Collier L V C K Y C L O V E R, 2019. Argent sterling, Or jaune 14K, Or jaune 18K, Morganite, Topazes incolores, Béryl Héliodore.

 

Victoria Wozniak

 

J’ai toujours aimé le fait que la nature puisse être représentée de manière figurative, et la façon dont cette interprétation peut donner naissance à des bijoux. Je m’inspire de l’océan et de l’écosystème marin, que je tente de recréer dans un contexte artistique. La mer abrite son propre monde et regorge de trésors naturels tels les oursins et les huîtres, qui sont une source abondante d’inspiration. Je me suis arrêté sur la forme très frappante de l’oursin, et afin de complémenter sa forme un peu squelettique et fragile, j’ai ajouté des perles, qui en plus de provenir de l’océan, naissent de créatures vivantes et évoquent la pureté. La silhouette ondulée de mes pièces rappelle le mouvement des vagues.

Boucles d’oreilles Sans titre, 2019. Argent sterling, perles.

 

 

Photos: Anthony McLean