Conversation avec Aurélie Guillaume, récipiendaire du Prix François-Houdé

Le travail d’Aurélie Guillaume jouit d’une belle reconnaissance dans le milieu du bijou contemporain, pour sa combinaison unique de l’illustration avec les techniques traditionnelles d’émail. Après avoir obtenu un diplôme collégial à l’École de joaillerie de Montréal en 2012, Aurélie s’est installée à Halifax, en Nouvelle-Écosse, afin de compléter un Baccalauréat en Beaux-Arts, avec une Majeure en conception de bijoux et orfèvrerie à NSCAD University. Là-bas, elle a perfectionné son travail de l’émail et elle a ainsi trouvé une manière de combiner son amour de l’illustration et sa passion pour la joaillerie. Avant de revenir s’installer dans sa ville natale de Montréal, elle a passé un an à Chicago, au Lillstreet Art Center, comme artiste en résidence et enseignante. Sa carrière est florissante depuis lors, et elle a récemment reçu le prestigieux Prix François-Houdé, offert par la Ville de Montréal et le Conseil des métiers d’art du Québec. Elle a bien voulu répondre à quelques unes de nos questions sur sa carrière et ses projets futurs.

 


 

Au cours des dernières années, ton travail a reçu beaucoup de reconnaissance à l’international. Comment conçois-tu le fait de recevoir une telle mention ici, à Montréal?

C’est vraiment un grand plaisir et un honneur de recevoir cette mention à Montréal. C’est la ville où je suis née, c’est là où se  trouvent ma famille et mes amis, c’est ici que j’ai mon atelier et que j’ai appris à faire du bijou, alors ça représente énormément pour moi. J’espère aussi me faire connaitre un peu plus par la communauté artistique locale et, de ce fait, définir d’autant plus la présence du bijou contemporain à Montréal. De plus, grâce à ce prix, je vais avoir la chance d’exposer une toute nouvelle collection de pièces uniques à l’automne 2019, et j’espère pouvoir faire découvrir aux visiteurs une autre façon de voir le bijou. Magali Thibault-Gobeil (récipiendaire en 2017) nous a déjà fait découvrir son monde haut en couleur et sa façon unique de concevoir les bijoux. Je compte bien prendre le même chemin et donner envie d’en voir plus!

Entité 1, broche. Émail sur cuivre, argent sterling, argent fin, acier inoxydable, cubic zirconium. 2017.

 


C’est la deuxième année de suite que le Prix François-Houdé est remis à une artiste de la relève en bijou de création contemporaine (Magali Thibault-Gobeil en 2017). Crois-tu que le bijou contemporain jouit d’un certain élan chez les créateurs, comparativement à ce qui se fait aujourd’hui dans les autres disciplines en métiers d’art?

J’avouerais être moins au courant de ce qui se passe dans les autres métiers d’arts, mais ce que je remarque certainement chez les créateurs de bijoux au Québec, c’est un intérêt marqué pour le bijou contemporain et une envie d’explorer cette discipline, de pousser la réflexion et de ne pas s’en tenir qu’aux aspects techniques de la création. Déjà, à Montréal, nous avons la chance d’avoir la Galerie Noel Guyomarc’h, qui nous offre une fenêtre incroyable sur ce qui se passe en bijou contemporain et qui expose les meilleurs artistes internationaux. Noel Guyomarc’h a aussi mis en place les ateliers exploratoires Le Labo, qui réunissent chaque année un groupe de joailliers qui explorent ensemble les questions autour du bijou et ce qu’il peut être. En dehors de ce qui se passe à la galerie, il y a aussi l’École de joaillerie de Montréal qui  invite parfois des artistes de renom à offrir des ateliers insolites, comme celui avec Simon Cottrell, qui a mené à une exposition toute particulière, ou encore des ceux avec Shu-Lin Wu et Judy McCaig, deux artistes aux carrières époustouflantes. Alors je crois que tout cela crée définitivement une effervescence autour du bijou contemporain et qu’on devrait en profiter.

We all end up at the bottom of the sea, broche. Émail sur cuivre, argent fin, argent sterling, perles de verre, acier inoxydable. 2018.

 

Tu t’es fait reconnaître assez tôt dans ta carrière pour tes créations qui conjuguent l’illustration à la joaillerie, et cet aspect particulier de ton travail fut d’ailleurs souligné lors de la remise de ton prix. Le fait d’être si fortement associée à un certain type de travail peut-il devenir une difficulté?

Je ne crois pas que cela devienne une difficulté, car il n’y a pas que par l’entremise du bijou que je peux continuer d’exprimer mes idées. J’ai aussi envie de travailler avec différents médiums. Je m’intéresse à la peinture de murales, à la céramique, aux collaborations avec des designers de vêtements, au dessin et à la création sur papier. J’ai vraiment envie de voir comment mes illustrations peuvent se traduire dans toutes ces différentes disciplines, et je ne m’empêcherai jamais d’essayer autre chose que ce pour quoi on me connait.  En ce qui concerne la joaillerie, j’aime encore énormément ce que je fais et je constate qu’il y a une lente évolution dans mon approche de l’émail et dans la façon dont je traite mes images. Je crois que ça va prendre du temps avant que je m’éloigne complètement de ce style de travail.

Théodule Pillule, broche. Émail sur cuivre, argent fin, argent sterling, or pur, poudre thermoplastique, acier inoxydable. 2018.

 

Qu’est-ce qui s’en vient pour toi dans la prochaine année?

Pleins de beaux projets! Le premier c’est de prendre du temps pour moi et de vraiment choisir les aventures qui me semblent les plus excitantes ou enrichissantes pour ma carrière et pour mon développement personnel. Je compte produire une petite collection de bijoux en série limitée qui sera présentée à Chicago lors du prochain colloque SNAG, et c’est d’ailleurs le 50e anniversaire de l’organisation cette année! Je suis aussi en train de planifier une possible résidence d’artiste à Beijing, où j’irais visiter des ateliers de création d’objets en cloisonné et je travaillerais sur des pièces comme des vases, par exemple. C’est une opportunité incroyable! Et puis juste après, je serai de retour à Montréal pour dévoiler une collection de nouvelles pièces uniques à La Guilde, lors du prochain Gala du Prix François-Houdé.

 

 

Crédit photos: Anthony McLean