Périple au Sénégal: Retour sur le voyage de recherche de deux étudiantes au DEC

Toutes deux en troisième année au DEC en joaillerie, les étudiantes Iris Mesdesirs et Lucie Houvenaghel ont décidé, il y a de cela près d’un an, de s’embarquer dans une aventure qui allait changer le cours de leur dernière année d’études, et probablement celui de leur future carrière en joaillerie. Au contact de notre enseignant Matthieu Cheminée, co-fondateur de l’organisme Toolbox Initiative, Iris et Lucie ont été intriguées par ses fréquents voyages en Afrique au cours desquels il rencontre une foule d’artisans afin d’échanger diverses techniques et façons de travailler. Elles ont finalement réalisé, en décembre dernier, ce tant attendu voyage de recherche aux côtés de Matthieu et son collègue Tim McCreight, et elles nous partagent dans les lignes qui suivent les détails de leur aventure.

 

Comment est née l’idée de réaliser ce projet, et pourquoi avoir choisi d’entreprendre cette aventure ensemble ?

Lucie et Iris dans les rues de Ngaparou

Tout commence avec Matthieu Cheminée, professeur à l’École de joaillerie de Montréal. Il part régulièrement en Afrique de l’Ouest avec son organisme, Toolbox Initiative. Cela faisait deux ans que nous le voyions faire des aller-retours depuis Montréal. Nous savions déjà qu’il était possible de participer à l’un de ses périples puisqu’il sélectionne, avec son associé, Tim McCreight, des passionné(e)s de joaillerie pour partir avec eux.

Notre décision de partir ensemble s’est prise au coin d’une table. Nous nous connaissions à peine, à part dans le cadre de l’école. Nous discutions avec plusieurs autres personnes lors d’une pause dîner au sujet du voyage à New York, organisé depuis deux ans dans le cadre de la NYC Jewelry Week. Lucie a alors mentionné le fait que si elle avait à choisir, elle préférerait partir avec Matthieu en Afrique de l’Ouest. Iris a alors surenchéri en disant qu’il suffisait de demander! Nos âmes de voyageuses ne rêvaient que de traverser l’océan et découvrir la joaillerie africaine. Il nous suffisait donc de candidater auprès de l’organisme et de croiser les doigts.

 

Pourquoi avez-vous choisi de réaliser ce voyage de recherche avant la fin de vos études ?

Tout d’abord, il est important de souligner que le projet a mis un an avant de se concrétiser : de la première discussion avec Matthieu, jusqu’au départ. Lorsque nous avons candidaté, aucune date n’était encore fixée. Nous n’avions donc aucun objectif a priori, concernant le moment du voyage. Puis lorsque la date a été précisée, nous avons vu cela comme un moyen de nous perfectionner avant de réaliser nos projets finaux. Nous avons eu la chance que le voyage tombe entre nos deux dernières sessions et, de plus, l’administration de l’école et nos professeurs ont tout fait pour que la transition se déroule sans encombre.

 

Compte tenu de la lourde charge financière engendrée par un tel projet, pouvez-vous nous parler du processus de financement que vous avez du entreprendre? Qu’est-ce qui a fonctionné, ou moins bien fonctionné?

Nous nous y sommes prises très tôt, dès le mois de juin 2019. Nous avons d’abord constitué notre dossier afin de participer à un financement participatif sur la plateforme Kisskissbankbank. Nous avons lancé la campagne au début du mois de juillet, et elle s’est terminée à la fin septembre. Malheureusement, nous n’avons pas atteint l’objectif et tout les fonds amassés ont été redistribués aux donateurs.

C’est à partir de ce moment là que nous avons dû penser à des moyens de financement alternatifs. Avec le soutien de Marie-Ève G. Castonguay et du directeur de l’École de joaillerie, Stéphane Blackburn, nous avons mis en place une tombola. Huit de nos professeurs ont généreusement donné des bijoux de leurs collections afin de les faire tirer aux participants. Nous en profitons d’ailleurs pour remercier de nouveau Marie-Eve Martin, Matthieu Cheminée, Marie-Eve G. Castonguay, France Roy, Monique Giroux, Christine Larochelle, Mélie Vézina Méthé et Lynn Légaré pour leurs dons. Nous avons également pu organiser un atelier de fabrication de joncs, que nous avons animé dans les locaux de l’ÉJM.

Pour finir, plusieurs demandes de financement auprès de l’Institut des Métiers d’Arts, de la Fondation du Cégep du Vieux Montréal et de l’École de joaillerie de Montréal ont porté fruit et ont contribué à financer ce projet. Nous remercions aussi chacun de ces organismes.

 

Comment s’est déroulé votre séjour au Sénégal avec Toolbox Travel, et quels en étaient les faits saillants ?

L’encadrement par Toolbox Travel a duré une semaine, du dimanche 8 décembre au dimanche 15 décembre. Nos journées étaient toujours bien remplies. Elles étaient partagées entre les visites d’ateliers, qui nous permettaient d’observer des démonstrations ou de donner des outils, et la découverte de la culture locale. Par exemple, lors d’une journée occupée à rechercher de nouveaux artisans sur le territoire afin de faire des dons, nous avons découvert au village artisanal de Kaolack plus d’une vingtaine d’ateliers, qui parfois accueillaient plus de cinq bijoutiers. La surprise était partagée, les émotions aussi.

Pour ce qui est des repas, les meilleurs étaient les plus simples : lors de cette même journée, cette fois ci à Diourbel, nous avons découvert les fataya, un gros pain triangulaire frit. Un délice.

 

Eghawel et Mohamed dans leur atelier de Saly

 

Quelle était l’étendue de votre implication avec l’organisme Toolbox Initiative ?

Notre implication était surtout financière. Nos frais de participations contribuaient à la rémunération des bijoutiers qui nous faisaient les démonstrations. Plus symboliquement, nous avons agi en tant qu’intermédiaires entre les donateurs d’outils (le fournisseur américain Rio Grande ainsi que plusieurs particuliers) et les bijoutiers.

Mohamed dans son atelier de Saly, limant une pièce de métal

 

Y a-t-il des techniques découvertes lors de votre séjour qui vous ont particulièrement marquées ?

Le filigrane et la granulation sont deux techniques sénégalaises qui nous ont particulièrement impressionnées. La finesse des motifs et d’exécution, et ce, grâce à des outils sommaires, nous ont laissé sans voix et surtout nous ont fait réaliser que beaucoup de choses sont possibles avec peu de moyens. Plus généralement, le travail des touaregs, assis sur le sol de leurs ateliers avec pour seul appui un essieu de voiture modifié, était incroyable. La forge, la gravure mais aussi le sertissage sont plus que maîtrisés.

 

 

 

 

Que retirez-vous de votre séjour, sur le plan technique et artistique ?

En partant, nous voulions connaître une autre manière de pratiquer la joaillerie et c’est exactement ce que nous y avons trouvé. Nous pensions qu’il était nécessaire d’avoir l’outil approprié pour chaque geste apposé sur un bijou, mais tous nous ont prouvé le contraire : il suffit simplement d’ingéniosité. Nous avons aussi été grandement inspirées par les motifs et les formes sont directement liés à la culture et aux techniques, que ce soit chez les sénégalais ou chez les touaregs.

 

Bijoutier de Dakar coupant du fil pour le filigrane à l’aide un coupe ongle

Préparation en vue d’une coulée à la cire perdue: la cire est fondue dans une forge alimentée par un soufflet en peau de mouton

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sentez-vous que cette expérience aura un impact sur la réalisation de votre projet de fin d’études ?

Nous n’allons pas forcément intégrer des techniques que nous avons découvertes au cours du voyage, mais cette expérience nous a libérées de contraintes que nous nous étions imposées, surtout techniquement. Face à un problème, nous nous sentons plus à même de le résoudre, de penser à d’autres moyens d’arriver à un dit résultat.

 

 

Ce voyage de recherche a pu être réalisé grâce au support financier de l’École de joaillerie de Montréal, de la Fondation du Cégep du Vieux Montréal et de l’Institut des métiers d’art du Cégep du Vieux Montréal.